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samedi 14 mai 2011

Une expérience libanaise

Nous arrivons le 1er décembre à Beyrouth, c’est l’hiver et il fait 28 degrés : nous expérimentons la sécheresse et la vie sans eau courante pendant quelques jours. A part quelques décorations dans les quartiers chrétiens de la ville, rien ne fait vraiment penser à Noël qui arrive à grand pas. Nous sommes accueillis par des amis d’amis d’amis : Béné et Mustafa un couple franco-libanais fraîchement marié à Chypre. Grâce à eux nous tissons des liens d’amitié avec une troupe de volontaires internationaux et de libanais : Aude, Emilie, Jihad, Aboudi, May, Rita... Une semaine après notre arrivée, nous partons ensemble dans la Bekaa où nous restons bloqués deux jours à cause d’une tempête de neige : l’hiver cette fois est bien là. Nous partageons une superbe maison avec Emilie dans le quartier chrétien de Furn El Chebbek, non loin du musée national. Nous sommes volontaires dans deux associations : Laurent travaille au Centre libanais des droits humains (CLDH) où il participe à un projet de revue de presse et à l’organisation d’un festival du film des droits de l’homme, et Chloé a rejoint la compagnie de danse contemporaine, Maqamat, dirigée par le chorégraphe Omar Rajeh, qui organise le festival international de danse de Beyrouth (Bipod). 2 expériences ouvrant sur de belles rencontres et qui nous permettent de mieux comprendre le pays.

Nous passons Noël et le jour de l’An avec nos amis dans notre vieille maison libanaise au cours de Soirées Saj où nous nous goinfrons de manouchés en substitut à la dinde aux marrons. Nous avons ensuite la visite de Magali pendant la première semaine de Janvier, et nous profitons de sa présence pour faire un peu de tourisme et sortir de Beyrouth. Mi-janvier la situation politique se dégrade nettement avec la chute du gouvernement et les tractations politiques qui déclenchent des manifestations violentes (Cf. notre chronique). C’est dans cette ambiance tendue, dans une ville anormalement calme et sans embouteillage (les gens restant chez eux par précaution) que s’achève notre séjour libanais. Nous prenons le taxi collectif pour Damas le 31 janvier, il fait froid et gris, il neige dans les montagnes, et nous sommes partagés entre un sentiment d’excitation, tant de personnes nous ont vanté les atours de la Syrie, et un brin de mélancolie à l’idée de quitter notre petite vie, nos amis et nos habitudes naissantes.



Petites pérégrinations photographiques

Étape 9 - Beyrouth



Étape 10 - Les restes du Liban

mercredi 11 mai 2011

L’échappée-belle, Portrait de Zeina Daccache

Le 2 Avril dernier, des émeutes éclataient au sein de la prison de Roumieh à Beyrouth où s’entassent 65% des détenus du pays : plus de 4000 y sont entassés actuellement, alors qu’il n’y a que 1500 places et que seuls 700 d’entre eux auraient été effectivement condamnés (source : iloubnan). L’armée est intervenue pour ramener le calme, mais durant tout le mois d’Avril la situation est demeurée très tendue avec plusieurs flambées de violence, et la mort d’au moins trois détenus. Les familles des détenus ont également organisé des manifestations, mais certains leaders politiques ont profité des quelques dérapages pour en limiter la portée à une manoeuvre politique (Cf. notre précédente chronique pour comprendre pourquoi ‘tout est politique au Liban’). Ce sont pourtant bien les conditions de détention déplorables qui sont à l’origine de ce mouvement de révolte, constituant de fait, avec la détention arbitraire, l’une des principales préoccupations des défenseurs des Droits de l’Homme au Liban (voir le rapport du Centre libanais des droits humains, ici).

Loin de l’entre soi du théâtre libanais
C’est dans cette prison, qui fait régulièrement la une des médias libanais, que Zeina Daccache, jeune comédienne et metteuse en scène de théâtre de 32 ans, conduit un projet de dramathérapie (thérapie par le théâtre) depuis 3 ans. Nous rencontrons Zeina autour d’une table de mezze libanais dans un restaurant renommé de Beyrouth. Grande, décontractée, le sourire félin, elle a une classe familière qui nous met immédiatement à l’aise. La conversation embraye naturellement et Zeina semble ravie de parler d’elle et de son projet tout en laissant libre court à des digressions féministes, politiques (Ben Ali vient tout juste de tomber) et bien sûr dramaturgiques. Elle parle haut et fort tout en attaquant sans ménagement un délicieux plat de foie cru.

Nous commençons par suivre les tâtonnements de cette jeune femme passionnée par le théâtre depuis l’enfance. Elle étudie le théâtre au Liban puis, comme nombre de ses compatriotes, elle part poursuivre ses études à l’étranger : à Londres, chez Philippe Gaulier. Ce dernier lui fait découvrir qu’il est possible «d’amener le théâtre autre part, dans les zones d’ombre». Avec le travail d’Armando Ponzo sur le théâtre en prison il s’agit là des principales sources qui ont inspiré sa démarche. Pour autant, le moteur de cette aventure c’est avant tout sa personnalité insatisfaite, insoumise à l’entre-soi étroit et élitiste de la scène libanaise où, avoue-t-elle, «on s’applaudit entre nous... Au fond, je me sentais inutile». A son retour au Liban en 2002, elle commence par travailler avec un centre pour toxicomanes. Toutefois, son objectif est clair comme de l’eau de roche : elle veut amener le théâtre en prison. Mais le chemin est encore tortueux dans ce paysage libanais où Zeina souhaite institutionnaliser la dramathérapie.

Le tortueux sentier qui mène aux geôles de Roumieh
Vient la guerre de 2006 opposant le Hezbollah à Israël avec ses 30 jours de bombardements continus qui vont s’avérer curieusement propices à la réflexion : «Pendant la guerre, nous étions tous au chômage, on était enfermé dans nos maisons à attendre. C’était un bon moment pour réfléchir, pour prendre des décisions». De cette retraite forcée, Zeina sortira métamorphosée de simple comédienne en directrice de l'association Catharsis : le centre libanais de dramathérapie (créée officiellement en 2007). Elle obtient le soutien de l’association de Défense des droits et des libertés fondée par l’avocat Ziad Baroud, qui deviendra quelques années plus tard ministre de l’intérieur, et le député Ghassan Mkhaiber. De même, elle parvient à faire financier son projet par la Commission européenne et met toute son énergie pour déplacer les montagnes de paperasses libanaises qui obstruent son entrée en prison.

Après plus d’un an à férailler ferme, à l’automne 2007, elle finit par triompher des démarches administratives (22 autorisations) et, alors qu’elle s’apprête à passer la porte du pénitencier, coup de théâtre, des émeutes éclatent à Roumieh. La prison où l’on trouve les détenus les plus célèbres du Liban fait la une des médias : généraux assassins présumés de Rafic Hariri et «terroristes» du camp palestinien de Nahr el Bared sont au coeur de la controverse. De nouveau le projet est bloqué, et Zeina d’assumer tout sourire sa candide obstination : «On en parlait tous les jours à la télé, et moi j’étais là et ‘pourquoi on pourrait pas faire du théâtre dans cette prison?’». Mais la force de caractère de la jeune femme, son ardeur et surtout son endurance finissent par payer : le 5 février 2008 elle peut enfin commencer à travailler avec les prisonniers. «Et depuis je n’ai pas arrêté».

Zeina et les 40 voleurs
Zeina se lance corps et âme dans le projet : elle veut créer avec les prisonniers une pièce intitulée 12 Libanais en colère, adaptation de la pièce de Reginald Rose 12 hommes en colère dans laquelle 12 jurés doivent décider de la culpabilité d’un jeune accusé. Avec une incroyable énergie, elle embarque 45 détenus dans ce projet, elle les secoue, leur rentre dedans et gagne le respect de ces hommes qui sont loin d’être des enfants de coeur (violeurs, assassins, dealers...). Il faut la voir quand elle engueule untel qui mange un sandwich tout en rendant la réplique, ou un autre qui ne s’est pas levé pour venir à la répétition. Mais elle mène aussi une vraie thérapie et invite chacun à se confier, à parler des rôles de leur vie passée, de ceux qu’ils aimeraient jouer... La pièce sera ainsi émaillée de monologues où ils vont à confesse. Elle parle à leurs tripes et cette énergie rejaillit sur ces comédiens amateurs qui, de nouveau, ou peut-être même pour la première fois, retrouvent dignité et humanité. Le théâtre est leur échappée-belle quand raisonne dans la prison le cri des hauts-parleurs : «ouvrez les cellules pour les gars du théâtre». Preuve de son autorité, mais aussi de l’affection qu’ils lui portent, les détenus l’ont surnommée Abou Ali (le père d’Ali, réputé pour sa poigne). Mais sa personnalité ne fait pas tout, et Zeina nous confie que c’est aussi le groupe et sa dynamique qui permet de réguler les tensions : un groupe fort et diversifié s’auto-gère, si le groupe est faible tout peut s’effondrer à la moindre difficulté. L'apprentissage du collectif est ainsi un élément clé pour ces prisonniers qui jusqu’ici vivaient seuls leur privation de liberté. La transfiguration des détenus, présentée dans le documentaire 12 Angry Lebanese (Cf. Bande-annonce ci-dessous), est sidérante : elle se lit sur les visages, elle s’entend dans leurs voix. L’un d'eux en donne toute la mesure : «Le problème avec cette pièce, c’est qu’elle a réveillée nos sentiments. Et quand les sentiments se réveillent on devient vulnérable. Moi, personnellement, j’ai été souvent très irrité de ressentir quelque chose à cause de ce projet. Mais j’ai eu la force de surmonter ça. [...] C’est ça le but, beaucoup plus que la pièce en elle-même.»

Finalement, la pièce est présentée en février et mars 2009 entre les murs de la prison de Roumieh à des personnes extérieures, sans qu’à aucun moment l’administration n’intervienne à des fins de censure. Zeina nous explique que la pièce, et plus généralement le théâtre, autorisent toutes les interprétations : «certains disaient : ‘c’est une métaphore du système judiciaire libanais’, d’autres que c’était contre la peine de mort...».

Les détenus entrent sur scène et se transforment en acteurs, pendant près d’une heure et demie il n’y a qu’eux. Les autres, les hommes libres, parmi lesquels on compte ministres et ambassadeurs, sont dans la pénombre. Le succès est immédiat, le public est touché en plein coeur et, rapidement, les prix pleuvent. Mais Zeina ne prend pas la grosse tête, elle continue avec persévérance son travail au quotidien, quand on lui demande comment elle résumerait cette expérience elle affirme que c’est «comme nager à contre-courant, et parfois j’ai l'impression que je ne sais plus faire que ça». Elle s’est désormais attelée à l’adaptation de la pièce Le Pendu de Robert Gurik, qui raconte l’histoire d’un bouc-émissaire pendu par les habitants de son village, encore un texte symbolique sur la culpabilité, l’oppression sociale et la vindicte populaire.

Quand nous la quittons, sur le parvis du resto, il est minuit passée et demain, aux aurores, comme à son habitude, elle remontera obstinément le courant qui la sépare de Roumieh.


L’entretien avec Zeina a été réalisé au mois de Janvier 2011, avant les émeutes mentionnées en introduction qui ont amené à la suspension temporaire du projet.

lundi 25 avril 2011

Femmes invisibles du Liban

Tyr, Sud-Liban, nous sommes au restaurant. Devant nous deux familles libanaises se partagent deux tables. Alors que mesdames et messieurs terminent leur repas en papotant autour d’un narguilé, sur la table voisine leurs deux «bonnes» philippines font manger leurs enfants, les emmènent aux toilettes, les réprimandent quand ils chahutent un peu trop fort. Au Liban ce qu’on appelle les «migrant house workers», littéralement immigrées employées à domicile, est un véritable fait de société. Elles seraient plus de 200 000 pour une population d’à peine plus de 3,7 millions habitants. Dans presque chaque foyer de la classe moyenne libanaise vit une jeune une jeune fille généralement originaire du Sri Lanka ou des Philippines, employée à domicile, corvéable à merci. Ses tâches variées vont de l’entretien de la maison à l’éducation des enfants. Ironie du sort, la plupart ont laissé dans leur pays d’origine un mari et des enfants mais élèvent ceux des autres dans un pays dont elles ne connaissent ni la langue, ni la culture. 
Ce phénomène existe depuis longtemps au Moyen-Orient, avant il s’agissait de migrantes arabes qui venaient travailler de l’enfance jusqu’au mariage dans les familles libanaises, mais aujourd’hui les arabes trouvent ces emplois trop dégradants et ont laissé le marché à plus pauvres qu’eux. Payées 4 à 5 fois plus chères ici que dans leur pays, ces migrantes travaillent sur une courte durée, 3 à 4 ans, et envoient tous les mois la majeure partie de leur salaire à la famille. A l’échelle du pays, l’enjeu économique est énorme : les transferts d’argent représentent 10% du PNB d’un pays comme le Sri Lanka. La famille libanaise profite également de ce système : pas besoin d’être riche pour s’offrir les services d’une domestique, il y en a pour toutes les bourses, de 100$ à 300$ par mois. Teintée d’un racisme totalement décomplexé, la grille des salaires impose une hiérarchie entre les nationalités des filles : les Philippines coûtent le plus cher car elles parlent anglais mais aussi parce qu’elles sont réputées plus intelligentes et civilisées, les moins chères étant les Africaines. Ces dernières années, des filles arrivent de nouveaux pays à des prix encore plus compétitifs (Madagascar, Nepal et Bangladesh), et ainsi s’adapte la grille des salaires à la hiérarchie internationale du travail.  
Face à cette aubaine économique, de multiples agences spécialisées se sont créées, à la fois dans le pays émetteur pour recruter les filles, et au Liban pour les mettre en relation avec leur famille d’accueil. L’agence libanaise s’occupe également de faire la demande de visa de travail auprès des autorités libanaises, demande qui n’est pas faite au nom de la domestique, mais à celui de l’employeur appelé «le garant» (ou encore le «sponsor» ou en arabe le «Kafil»). A partir du moment où le visa est accepté, le garant sera son responsable légal auprès des autorités pendant toute la durée de son séjour au Liban, il devra payer sa résidence annuelle et ses permis de travail. Une telle responsabilité justifie dans 99% des cas que l’employeur conserve les papiers de la jeune fille. C’est à partir de là que les choses tournent mal. En effet, au-delà de la période des premiers 3 mois au Liban durant laquelle la domestique a en théorie le droit de changer d’employeur, si la domestique quitte le domicile de son garant, pour quelque raison que ce soit, elle se retrouve automatiquement en situation irrégulière, sans papiers et sans permis de séjour, et risque l’arrestation, la détention et enfin l’expulsion.

«I treat my domestic worker like my daughter»
Au Liban, les personnes travaillant au domicile de quelqu’un ne sont pas couverts par la protection du droit du travail. Pour pallier à ce vide juridique qui a longtemps conduit à de nombreux abus, un récent contrat unifié a été voté en 2009 afin de garantir certaines protections aux domestiques migrantes : il leur donne droit à des conditions de vie décentes obligeant l’employeur à leur fournir nourriture et habits en quantité suffisante, un endroit où leur intimité puisse être préservée, et une assurance maladie. Il garantit également un jour de repos par semaine, des congés annuels, et limite le nombre d’heures travaillées à 10 heures par jour. Par ailleurs, ce contrat assure le droit des domestiques à quitter le domicile de leur employeur si elles sont victimes d’abus. Ce nouveau contrat est un réel progrès mais ne va pas assez loin d’après la plupart des associations et organisations internationales mobilisées sur le sujet : entre autre il ne règle pas le problème majeur de la détention du passeport par l’employeur, et il s’avère particulièrement difficile pour la domestique de rompre ce contrat. De plus, dans la pratique, les conditions de travail varient très fortement d’un employeur à l’autre. Bien sûr, la relation entre la famille et la domestique peut très bien se passer, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas. 
Le contrat unifié a contribué largement à faire évoluer les mentalités, et certaines pratiques, comme la privation de nourriture ou du salaire ou les mauvais traitements, sont aujourd’hui jugées inacceptables par la majorité des employeurs. Par contre, si le jour de repos est de plus en plus respecté depuis la création du contrat unifié, les filles ont rarement la clé du domicile et ne peuvent sortir librement, sans en obtenir expressément l’autorisation. Concernant les horaires de travail, il est fréquent que l’on fasse appel à elles jusqu’à ce que la famille entière soit couchée, elles sont en quelques sortes d’astreinte 24h/24. Un récente étude de l’association KAFA sur les attitudes et pratiques des employeurs envers leurs domestiques («Servant, Daughters, or Employee ?», A Pilot Study on the Attitudes of Lebanese Employers towards Migrant Domestic Workers, KAFA 2010) explique qu’en réalité, les pratiques permettant d’asseoir l’autorité de l’employeur et de renforcer le contrôle sur son employée, comme le retrait du passeport, l’interdiction de sortie pendant le jour de congé ou l’enfermement, sont très peu rejetées par les employeurs interrogés. Ces pratiques sont le plus souvent considérées comme nécessaires pour la sécurité de la domestique en dehors de la maison, et sont justifiées par l’entière responsabilité de l’employeur envers son employée auprès des autorités libanaises. En général c’est la mère de famille, la «Madame», qui donne les directives, mais partageant le quotidien d’une famille, la domestique doit souvent répondre aux exigences de chacun de ses membres. En réalité, chaque domestique n’a pas un employeur mais plusieurs employeurs et les contours de la relation de travail employeur-employé sont flous, multiples et souvent chargés d’affect. La domestique est souvent désignée comme un membre de la famille à part entière et les rapports sont teintés d’un fort «maternalisme», ce qui peut être réconfortant pour l’employée mais conduit paradoxalement à asseoir davantage l’autorité de Madame sur la jeune fille qui se sent redevable. «I treat my domestic worker like my daughter», cette assertion qui revient dans la plupart des conversations en public, cache mal le réel bénéficiaire de cette étrange relation mère-fille. Subissant parfois des mauvais traitements psychologiques et/ou physiques, les domestiques sont d’ailleurs plus souvent victimes de «Madame» que de «Monsieur». Enfin, les cas de suicides de domestiques sont de plus en plus nombreux, on estime leur nombre à 8 par semaine. 
Le Liban est désormais sur la liste noire de plusieurs Etats comme les Philippines qui tentent de mettre fin à ce type d’émigration. Mais, des ressortissantes de nouveaux pays qui n’ont pas encore d’ambassade au Liban sont maintenant sur le marché : Népalaises, Bangladies, Malgaches... En cas de détresse, il existe bien une hotline au Ministère du travail libanais pour venir en aide aux victimes, mais concrètement le service fonctionne très mal : quelques heures d’ouverture par jour, un personnel qui ne parle qu’arabe ou anglais... La plupart du temps les filles sont seules face à leur problème, finissent par s’échapper du foyer, et se retrouvent ainsi en situation irrégulière, le moindre contrôle d’identité et elles seront expulsées. On les appelle alors les «runaways» (fugitives).

La double-peine de Lilou* : portrait d’une runaway
Lilou, l’une d’entre elles, m’a raconté son histoire. Elle a le corps fluet d’une jeune femme-ado, âgée de 25 ans mais on lui en donnerait à peine la vingtaine. Lilou est arrivée du Sri Lanka à Beyrouth il y a 3 mois. Les raisons de son séjour au Liban sont très claires : sa mère est malade d’un cancer et sa famille a besoin d’argent le plus vite possible afin de payer le traitement. Lilou comptait rester pour un contrat de 2 ans, le temps nécessaire pour gagner cet argent et, à son retour au pays, une vie l’attendait : elle était promise à un Sri Lankais et les familles avaient déjà donné leur accord à cette union. Une de ses cousines déjà installée au Liban dit lui avoir trouvé un agent d’origine sri lankaise qui peut lui proposer un contrat à mi-temps comme femme de ménage à Beyrouth. Sans plus attendre, Lilou consent à faire ce sacrifice et quitte son pays. Arrivée à Beyrouth, elle rencontre ce fameux agent à l’aéroport, elle ne connait ni son nom ni celui de l’agence, ni même celui de son futur employeur, et se voit confisquer d’office son passeport et son téléphone portable. L’agent la dépose à son bureau et lui donne quelques consignes : le temps d’être envoyée dans sa famille, elle n’a qu’à rester là et faire le ménage dans l’agence. Pendant une semaine Lilou va y travailler, y dormir, sans aucune nourriture, juste un peu d’eau pour tenir. Enfin, l’agent revient et la dépose chez son premier employeur : un homme et une femme sans enfant, habitant à Beyrouth. Elle n’en sait pas plus. Le premier soir elle sera violée par l’homme. 
Dès le lendemain Lilou s’enfuit du foyer et va tout raconter à son agent, qui fait mine de ne pas la croire et la cogne pour qu’elle se taise. Lilou ne va pas bien, elle fait des malaises et est bien incapable de travailler, alors il la place quelques jours chez sa tante. Peu de temps après, il lui trouve une nouvelle famille chez qui il la dépose illico. Malheureusement, Lilou est toujours très faible, elle a de nouveau des vertiges à répétition. Depuis le viol elle n’a pas encore vu de médecin, et surtout elle n’a parlé à personne. Elle chercherait bien quelque soutien auprès de sa mère mais comment lui dire que sa fille a perdu sa virginité. Alors, accrochée au combiné du téléphone, elle pleure sans être capable de dire un seul mot à sa mère. Lassé par les vertiges quotidiens de Lilou, le deuxième employeur finit par s’en plaindre à l’agent et exige une autre domestique. Il sait qu’il dispose d’une délai de 3 mois légal pendant lequel il peut changer de fille sans problème. Après une troisième tentative chez un nouvel employeur, l’agent décide de se débarrasser de cette jeune fille qui décidément n’arrive pas à s’adapter et dépose Lilou devant les portes de l’ambassade du Sri Lanka.  
C’est ainsi que Lilou se retrouve placée à la Safe House, cette maison dont beaucoup de filles parlent entre elles avec mystère, dont l’adresse est tenue secrète par soucis de sécurité pour les filles qui y sont recueillies après leur fuite. Cette maison d’accueil est une douce alternative à la détention à Adlieh, sinistre prison en sous-sol située ironiquement sous le rond-point de la «justice» à Beyrouth. A l’abri des représailles, les filles trouvent à la Safe House du réconfort et sont suivies par toute une équipe d’assistantes sociales, d’éducateurs, de médecins et d’avocats qui y interviennent quotidiennement pour le compte de l’ONG Caritas. La priorité est de remettre les filles sur pied et ensuite de se mettre en relation avec l’employeur pour au minimum récupérer les passeports des filles. Certaines comme Lilou, souhaitent aller plus loin et porter plainte, leur cas sera défendu par les avocats de la Safe House. Après 2 semaines dans sa nouvelle maison, Lilou va enfin mieux, ses vertiges ont cessé et elle peut commencer à parler de son histoire. Au moment où je l’ai rencontrée, elle n’avait toujours pas parlé à sa mère, mais avait décidé avec sa famille de rentrer au pays au plus vite. Bien que son cauchemar libanais soit bientôt terminé, son avenir au Sri Lanka est plus qu’incertain. Dans un pays où la virginité de la mariée est une condition sine qua non au mariage, et où les draps du lit nuptial sont inspectés après la nuit de noce, les plans que Lilou avait prévus pour son retour sont malheureusement compromis. Caritas va tenter d’expliquer à la famille et à la belle-famille que Lilou est avant tout une victime de ce viol, mais Lilou n’y croit pas elle-même, elle a déjà fait un trait sur son mariage, et sait que personne d’autre ne voudra d’une fille non vierge. Son avenir ? Elle me répond en pleurant qu’elle n’a pas le choix, que dans son pays une femme non mariée n’a pas d’avenir. A 25 ans, Lilou s’est résignée, elle sera religieuse.

* Par soucis de confidentialité nous utiliserons un nom d’emprunt, le cas de la jeune fille étant actuellement en cours de traitement par la Sureté Générale au Liban.

jeudi 17 mars 2011

«Les questions intéressant la population», point de vue sur l’impasse libanaise

Le fleuve Beyrouth, un égout à ciel ouvert
« Rien ne marche au Liban ! »
Le 1er Décembre dernier, alors que nous faisions nos premiers pas sur le sol libanais, nous avons d’abord cru à un un coup du sort lorsque notre carte bleue a été bloquée dans le distributeur de l’aéroport de Beyrouth. Cependant, nous avons rapidement pris conscience que cette petite péripétie s’inscrivait dans un contexte généralisé de défaillance des services de base. A l’époque, le pays faisait face à une situation de sécheresse relativement aiguë : il n’avait plu qu’une fois depuis le mois de septembre et des coupures d’eau prolongées affectaient déjà une large partie de la population obligée de faire appel à des entreprises privées pour faire remplir leurs citernes. Ces dernières étaient d’ailleurs submergées et bien incapables de répondre à l’ampleur de la demande. Alors que certains habitants d’un même immeuble se cotisaient toutes les semaines pour payer une nouvelle citerne à 100 dollars, d’autres profitaient de la nuit tombée pour siphonner celles de leurs voisins. La tension autour des citernes devenait palpable et certaines inégalités d’autant plus criantes : tandis que beaucoup étaient privés d’eau pour leur consommation de base (vaisselle, douches, lessives...), d’autres plus fortunés faisaient laver leur voiture à grands jets sans aucun complexe. Devant telle pagaille, le ministre en charge pris à bras le corps le problème et déclara dans l’Orient le jour «Il pleuvra la semaine prochaine», offrant ainsi une véritable leçon de décision publique à la libanaise. De fait, si le pays est dans une position particulièrement favorable au regard des précipitations annuelles (661 mm/an), l’eau n’est plus aussi abondante que par le passé   (certaines études prévoient même que le pays devienne déficitaire d’ici 2015-2020) et sa gestion doit faire face à trois enjeux majeurs : 1/ les faibles capacités de stockage existantes pourtant nécessaires pour pallier aux 7 mois de saison sèche, 2/ les difficultés de capture de l’eau à proximité de la mer et 3/ les faiblesses des réseaux et du système de gestion existant (FAO, 2008). A titre d’exemple, sur les 310 millions m3 d’eaux usées générées chaque année, seuls 4 millions m3 sont re-traités quand on estime que 100 millions de m3 pourraient être réutilisés. De même, entre 35 et 50% de l’eau s’échappe des réseaux d’approvisionnement du fait de leur vétusté. Le Liban a donc plus que jamais besoin d’une politique forte et ambitieuse en la matière. 


Jeu : retrouve le fil d'alimentation de l'ampoule
Mais, si les carences de la politique libanaise de l’eau nous ont été révélées par ce contexte de sécheresse exceptionnel, le problème de l’électricité, chronique depuis la guerre civile libanaise (1975 - 1990), ne peut échapper à personne. En effet, le pays souffre de capacités de production très insuffisantes amenant la population à subir des coupures de courant journalières allant de 3 à 12 heures par jour et à recourir à des générateurs particulièrement coûteux. Cette situation d’une part freine la croissance du pays (manque à gagner de 2% d’après le FMI), et d’autre part provoque de fortes inégalités socio-spatiales dont nous avons été les témoins privilégiés. Habitant à la frontière sud-est de Beyrouth nous subissions beaucoup moins de coupures que nos amis habitant à quelques pâtés de maisons mais en banlieue, et qui devaient payer, en plus de leur abonnement mensuel à EDL (environ 20 000 LL, 10 euros), des factures exorbitantes de générateurs pouvant atteindre 100 000 LL (50 euros). Cette «politique» favorise donc le riche Beyroutin tandis que son coût est répercuté sur le modeste banlieusard. Par ailleurs, les générateurs n’ayant pas d’existence légale, le système est propice à toutes les dérives mafieuses. Pourtant d’importants investissements ont été menés dans le secteur (19,7% du total des investissements publics sur la période 1992-2004) dans le cadre de la reconstruction et ont permis d’augmenter sensiblement la production. 2 principaux facteurs permettent d’expliquer ce déficit productif chronique : 1/ le contexte géopolitique générant destructions récurrentes par l’armée israélienne des infrastructures électriques d’une part, et dépendance vis-à-vis de la Syrie pour l’approvisionnement en combustible des centrales, 2/ la mauvaise gestion du secteur caractérisé par le déficit astronomique de l’entreprise Electricité Du Liban (1 Milliard de $ par an environ), les recettes de la société ne couvrant que 40% des dépenses. Les coupures sont ainsi le plus souvent liées à des ruptures d’approvisionnement en carburant, elles-même liées à des défauts de paiement. Là encore le citoyen libanais fait les frais de l’absence d’une politique cohérente et ambitieuse alliant juste tarification (l’électricité étant aujourd’hui vendu moins cher que son coût de production), rénovation du réseau (en 2004, 15% de l’électricité produite était perdue du fait de sa vétusté) et lutte contre la fraude (en 2004, on estimait que 26% de la production était piratée, fraude fonctionnant parfois sur le mode du clientélisme politique).

Les exemples de ce type peuvent être multipliés : le Liban est un des pays où l’accès à Internet est le plus cher au monde, on paye quelqu’un qui vient tendre un câble et facture au minimum 30 $ par mois une connexion défaillante, idem pour avoir des chaines satellitaires piratées... Par accumulation, les câbles viennent envahir les rues constituant d’énormes toiles d’araignée emportées par le moindre coup de vent trop violent. Et les libanais de conclure, avec un beau sourire ironique, sur leur refrain favori : «et oui, rien ne marche au Liban !»

« Tout est politique »
Mais si «rien ne marche au Liban», n’est-ce pas, comme le disent aussi souvent les Libanais, parce que «tout est politique» ?  Et la politique au Liban, est, de l’avis général, nécessairement très compliquée. La grille de lecture occidentale distinguant Gauche et Droite, progressistes et conservateurs est relativement inopérante dans la mesure où la plupart des partis politiques reposent sur une base confessionnelle. Le parti socialiste progressiste en est un bon exemple, plutôt rangé à gauche de par ses valeurs, c’est avant tout le parti de la communauté Druze qui a ses dernières années noué des alliances successivement avec la droite chrétienne, puis avec le Hezbollah, conservateur s’il en est.

Tout parait donc très compliqué au premier abord dans la mesure où ce ne sont pas des programmes et des valeurs politiques qui s’affrontent mais des intérêts communautaires portés par des familles de leaders charismatiques (Jemayel, Harriri, Joumblat...) et donnant lieu à de perpétuels retournements d’alliance. Pourtant, on peut aussi voir les choses de manière relativement simple : Il n’y pas véritablement d’Etat, tout au plus un système administratif que chaque communauté essaie de détourner à son profit. Il est donc très difficile de voir émerger un intérêt général libanais et de réelles politiques publiques s’adressant à tous les libanais quelque soit leur appartenance communautaire. Les débats se focalisent sur des querelles politiciennes interminables sur la légitimité du gouvernement, l'élection du président de la République, les armes du Hezbollah et, dernière en date, l’affaire du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL). Ces querelles occupent tout l’espace politique, bloquent l’action du gouvernement et relèguent à l’arrière plan «les questions qui intéressent la population», expression communément usitée dans la presse pour désigner les politiques publiques essentielles telles que l’éducation, la santé, l’eau ou l’électricité... De fait, le citoyen libanais n’attend rien de l’Etat mais compte uniquement sur sa communauté et son chef pour prendre en charge ses besoins primaires, avec toujours la peur d’être submergé par la communauté voisine. In fine, les dirigeants politiques, qui seuls pourraient faire évoluer le système, ont tout intérêt à maintenir le statu quo dans la mesure où ils en tirent leur légitimité et leur pouvoir. La boucle est bouclée.

Mais le tableau resterait incomplet sans mentionner le rôle que joue les puissances étrangères sur la scène libanaise depuis le XIXème siècle, chacune ayant développé des liens privilégiés avec telle ou telle communauté. La grille de lecture de la scène politique libanaise la plus communément admise aujourd’hui dans la presse internationale repose d’ailleurs sur les relations des différences forces politiques avec l’étranger. Ainsi, depuis 2005, le pays est gouverné par une majorité pro-occidentale alliant les principaux partis sunnites (Le courant du futur de la famille Hariri) et une partie des chrétiens au sein du mouvement dit du 14 mars, majorité à laquelle s’oppose l’alliance dite du 8 Mars composée des principaux partis chiites (Hezbollah et Amal) et d’une partie des chrétiens (Courant patriotique libre de Michel Aoun) soutenue par l’Iran et la Syrie.
 
Futur mémorial de la guerre civile à Beyrouth
Une équation insoluble
A notre arrivée, et aujourd’hui encore, le point de discorde concernait la question du TSL institué par l’ONU pour juger les responsables de l’assassinat en 2005 de l’ancien premier ministre Rafic Hariri. En effet, de nombreuses fuites laissent entendre de manière quasi-certaine que l’acte d’accusation du TSL va incriminer des hauts-responsables du Hezbollah, ce dernier a déjà promis de «couper la main» à quiconque s’en prendrait à ses membres. Dès lors, l’opposition n’a de cesse de réclamer du gouvernement qu’il rejette l’autorité du TSL considéré comme le fruit d’un complot américano-israélien. De fait, le Liban se trouve devant une équation insoluble : le maintien du TSL est considéré comme une agression par le Hezbollah, tandis que son rejet serait perçu comme une trahison pour la communauté sunnite dont était issu Rafic Hariri. C’est dans ce contexte que, à la mi-janvier, l’opposition se retire du gouvernement dirigé par Saad Hariri (fils de Rafic)provoquant de facto la chute de ce dernier. Le Liban est depuis entré dans une zone de turbulences où les choses évoluent au jour le jour, voire d’heures en heures.

Quelques jours après la chute du gouvernement, le 18 janvier, nous sommes réveillés au petit matin par un premier SMS d’un ami libanais nous invitant à être prudents en raison de la situation politique. 10 minutes plus tard, une collègue nous appelle pour nous dire de ne pas venir au bureau situé dans le quartier Hamra au centre ville, de peur que de violentes manifestations n’éclatent sur la place des Martyrs. En réalité, nous apprenons le lendemain par la presse que ce sont seulement quelques hommes en noir (signe de l’appartenance au Hezbollah), rassemblés furtivement à quelques endroits-clés de la capitale, qui ont intentionnellement généré cette petite brise de panique : des écoles ont été fermées à la hâte, de nombreux commerces ont baissé leurs rideaux et le téléphone arabe a fonctionné à plein régime. Dans les jours qui suivent, l’armée se déploie dans le pays et en particulier à Beyrouth déballant hélicoptères, tanks et check-points, ce qui n’a pas vraiment pour effet de rassurer la population aux vues de son impuissance notoire.

En parallèle, les tractations politiques pour nommer un nouveau gouvernement battent leur plein. Finalement, le retournement d’alliance du bloc parlementaire mené par le chef druze Walid Joumblatt (une dizaine de députés) et quelques députés sunnites permet à à l’opposition d’obtenir la majorité au parlement pour la nomination d’un nouveau premier ministre.

Un vent de panique s’empare du Liban. Cette fois, la communauté sunnite manifeste violemment dans les rues et, de nouveau, le pays s’arrête. Mardi 25 janvier est décrété «Jour de la colère». Les principales routes sont bloquées, en particulier celle qui mène à l’aéroport. A Tripoli, on assiste à des scènes d’émeutes, des boutiques appartenant à des proches du nouveau premier ministre sont vandalisées et une voiture de la chaine de télévision Al-Jazeera est brûlée tandis que les journalistes de la chaîne sont «exfiltrés» par l’armée qui tire des coups de semonce pour ramener au calme les manifestants. A la fin de la journée on dénombre plusieurs dizaines de blessés essentiellement dans les rangs de l’armée. Les dégâts matériels et humains ne sont pas très graves, mais cela suffit pour que les Libanais replongent dans la hantise de la guerre civile : dans les bureaux de Hamra, on embarque les gros ordinateurs chez soi de peur que l’immeuble soit dévalisé et que les snipers envahissent le quartier. Les rues commerçantes de ce quartier chic sont désertes, les grandes artères habituellement encombrées d’interminables embouteillages sont totalement vides. Mais, dès le lendemain le calme revient dans le pays, à l’exception de certains quartiers sunnites où une partie de la population continue à exprimer sa colère.


Cette panique dans laquelle nous avons été prise pendant quelques jours et qui a pu par instant nous gagner était-elle totalement irrationnelle ? Ou bien est-ce simplement une théâtralisation à outrance des rapports de force politiques dont le résultat est la peur généralisée de son voisin de confession ou d’obédience politique différente ? Doit-on croire, comme l’ex-majorité, à «un coup d’Etat institutionnel» du Hezbollah faisant tomber le Liban dans le giron de l’Iran et condamnant le pays à un destin comparable à celui de Gaza ? Ou s’agit-il d’une simple alternance, certes difficilement qualifiable de démocratique vu le climat dans lequel elle s’opère, mais qui amènerait le Hezbollah à faire face à ces responsabilités de parti de gouvernement ? Face à cette tension latente, alors que certains sont gagnés par la peur, d’autres finissent par s’agacer, affirmant préférer un conflit ouvert une fois pour toute en lieu et place de cette paranoïa généralisée.

Aujourd’hui, un mois et demi après notre départ,  le nouveau Premier ministre n’a toujours pas réussi à former son gouvernement. La nouvelle opposition refuse d’y participer et a organisé une manifestation de masse réunissant plusieurs centaines de milliers de Libanais dimanche dernier pour dénoncer les armes du Hezbollah. Ce faisant, elle utilise les mêmes méthodes de blocage qu’elle dénonçait hier.  Toutefois, une lueur d’espoir pointe à l’horizon : de jeunes libanais, armés de leurs comptes Facebook et inspirés par les révolutions tunisiennes et égyptiennes, veulent faire tomber le régime confessionnel. Ils étaient «des centaines» à défiler dans les rue de Beyrouth le 27 février, puis «des milliers» le 6 mars, et des tentes ont été plantées dans le sud du pays à Tyr le 9 mars. Le mouvement semble prendre, mais la tâche s’annonce plus ardue qu’ailleurs comme le confesse un des manifestants : «Les pays arabes ont chacun un seul dictateur quand nous en avons au moins sept ou huit» (site ilouban).

Sources :
Sur la politique de l’eau : le site de la FAO http://www.fao.org/nr/water/aquastat/countries/lebanon/index.stm, le site du plan bleu http://www.planbleu.org/
Sur la gestion de l’électricité : Eric Verdeil, Electricité et territoires, un regard, sur la crise libanaise, Revue Tiers Monde (2009) http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00364629/fr/