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jeudi 3 février 2011

Suite et fin de nos péripéties turques : de la voie lycienne à l’Euphrate

Après nos deux semaines de Wwoofing, nous avons rejoint Fethiye, station balnéaire située sur la voie Lycienne, et par là repris le chemin des guesthouses et des lieux touristiques. Ce fut un choc, d’autant plus qu’à cette époque de l’année (mi-novembre) les contingents de touristes sont constitués essentiellement de retraités européens, ça nous a donné un coup de vieux ! Alors, nous nous sommes rapidement échappés pour passer quelques jours dans la vallée des papillons, un des rares coins de la côte sud turque qui soient préservés : les constructions sont interdites, il n’y a donc pas à proprement parler d’hôtels mais des camps de bungalows en bois sur pilotis qui donnent une ambiance néo-hippie à la côte. Nous en avons donc profité pour fouler les sentiers de randonnée et savourer quelques bains de mer dans de petites criques accessibles uniquement à pieds.

Par la suite, nous avions prévu de nous rendre en Cappadoce, mais, échaudés par notre visite touristique de Fethiye nous avons décidé de partir 1200 km plus loin pour la Turquie orientale, à Sanliurfa, la ville où serait né Abraham. A deux pas de la Syrie et de l’Irak, ce sont nos premiers pas en Mésopotamie : les visages ont changé, les tenues vestimentaires aussi, la région est peuplée de Kurdes, d'Arabes et de Turcs et presque aucun touristes ! C’est le moment de commencer à pratiquer l’arabe et à profiter de l’hospitalité locale. Nous enchaînons les rencontres autour de verres de thé, dans le souk une famille kurde nous couvre de cadeaux : sirop de grenadine, piment, kebab... La population uniquement musulmane est très pratiquante et presque toutes les femmes sont voilées. Mais le temps passe vite et nous devons déjà partir pour Halfeti, ville à moitié engloutie par les eaux de l’Euphrate à cause des barrages construits ces 10 dernières années. Ici, les touristes sont une denrée rare et Ayden, jeune turc du cru, est là pour les accueillir dans son appartement avec terrasse donnant sur les eaux calmes du fleuve mythique. Nous restons là deux jours et en profitons pour faire un tour en bateau à la recherche des villages engloutis. Et puis nous faisons demi-tour et ravalons de nouveaux 800km en sens inverse pour rejoindre Antalya d’où nous prenons un avion pour Beyrouth le 1er décembre.

Ci-dessous, le récit en image.



lundi 31 janvier 2011

Deux générations de paysans turcs

 
Simge, princesse de Yaziköy

Nul besoin de fards pour éclairer le visage hâlé et les yeux noisette de Simge quand elle traverse de sa démarche nonchalante les champs d’oliviers. Dès le premier regard, on est charmé, intimidé par la personnalité insondable de cette jeune paysanne de 26 ans à la classe naturelle. Ses yeux se perdent au loin, bien au delà de ce bout de terre au nom chantant de Yaziköy.

 

Installée au volant du pick up de la ferme, Simge est la première femme de sa famille à conduire l’équipe des ramasseurs à travers les chemins escarpés qui mènent aux oliviers. «Pick up», «come here», «lunch time», c’est aussi la seule qui parle anglais parmi les Turcs, c’est donc elle la patronne, celle qui organise la journée de chacun, et personne n’oserait lui contester cette douce autorité. Timide et réservée,  son visage s’illumine brusquement d’un sourire furtif quand on vient lui parler.

Simge a étudié la comptabilité il y a 3 ans dans la ville de Mugla, et c’est elle qui a pour mission de compter, compter les arbres qu’il reste à faire, compter les jours de travail des volontaires et des employés, compter les kilos d’olives récoltées et les kilos d’huile escomptées... A la fin de la journée, alors que tout le reste de l’équipe est déjà rentré se reposer, Simge va déposer la récolte du jour à l’olive factory du village voisin, et assure avec ses hommes crasseux la pesée des précieuses olives dont l’huile est réputée sur toute la péninsule. Jeune femme fluette et fatiguée du labeur de la journée, face aux virils colosses en salopette huileuse, elle tient tête et sa parole est respectée. Combien d’entres eux ont rêvé de faire chavirer un jour le coeur de Simge la jolie jeune fille du village d’à côté ? Dans les champs parfois elle s’isole, l’air détaché, et fume une cigarette, en cachette de sa mère Noura, ou entame un chant populaire turc à l’ombre d’un arbre. A quoi rêve Simge, princesse de Yaziköy, quand elle fume sa cigarette ?

La vie de Simge semble être calée sur le rythme de la nature, des saisons, des floraisons et des récoltes. A quel avenir peut-elle rêver, en dehors de ces champs d’oliviers, principale ressource de la péninsule ?


Un soir, elle nous propose de dormir chez elle et d’aller au mariage du village voisin avec son fiancé Afghan, à qui elle est promise pour l’été prochain. Nous découvrons alors une toute autre femme. Troquant ses vieilles baskets et son jogging de travail contre un jean moulant et des ballerines, dénouant son foulard et lâchant ses cheveux bruns, elle s’enveloppe de son parfum préféré, farde ses paupières et m’emmène dans sa chambre pour me prêter du maquillage. Comme toutes les filles de la terre entière elle se prépare pour aller sortir, et rejoindre son fiancé, avec beaucoup de coquetterie et un brun d’impatience. Sur la piste de danse, la jeune fille épanouie a la joie débordante. Afghan lui a promis une autre vie, à Palamut Bükü, petite station balnéaire entourée de champs d’oliviers toujours, mais dans un immense appartement flambant neuf, avec terrasse et vue sur la mer. Après le mariage elle quittera les champs, les olives, la terre sous les ongles et les tâches d’huile pour une vie plus confortable. Est-ce à cela que pense Simge, quand elle fume sa cigarette ?





Bédouane, une vie à travers champs 

Son corps ressemble à un tronc d’olivier : fin, sec et noueux. Bédouane n’en est pas moins un homme d’une force surprenante pouvant porter des sacs d’olives pesant jusqu'à 50 kg alors que lui ne doit pas en peser plus de 60, tout de muscles. Du haut de son petit mètre 70, il a ce regard bienveillant émaillé d’un sourire généreux qu’appuie sa grosse moustache. Sa peau mate et ridée, tannée par les rayons du soleil de la péninsule, porte les stigmates de ce sourire indélébile.

A 48 ans, il dévale les champs d’oliviers et d’amandiers depuis sa plus tendre enfance et en connaît tous les secrets. De condition modeste, il ne possède qu’une quinzaine d’oliviers. Bédouane ne sait pas lire. Il est marié à une femme de 39 ans qui lui a donné deux fils aujourd’hui âgés de 12 et 17 ans. Homme d’expérience, c’est à lui que l’on s’adresse au moindre doute sur l’arbre à récolter ou sur la méthode à employer. Nous regrettons d’ailleurs de ne pas avoir pu profiter de ses connaissances du fait de la barrière de la langue : son anglais se résume à « Hello » qu’il emploie pour saluer l’appareil photo. Dans le labeur, l’homme regorge d’énergie quand il frappe les branches d’oliviers avec sa longue perche. Ses mouvements sont secs et précis et déclenchent de grasses pluies d’olives et nous sommes bien incapables de rivaliser avec sa dextérité. S’il ne se refuse jamais une petite pause pour savourer une cigarette, il n’hésite pas à te secouer pour que tu accélères le rythme. Il délaisse alors un temps sa noble besogne de cogneur d’oliviers pour te faire une démonstration d’efficacité : en une minute à peine, il a ramassé toutes les olives du périmètre que tu t’apprêtais à couvrir tranquillement en un quart d’heure. L’homme est taquin : il fait mine de t’engueuler très sérieusement en turc tout en sachant que tu ne comprends rien et, soudain, il part dans un grand éclat de rire. Il crie, hoche la tête, cherche à comprendre puis abandonne. Malicieux, quand le labeur commence à lui peser, il t’envoie discrètement quelques olives dans le dos, où te chatouille la nuque avec sa grande perche.

 

Bédouane est un bon vivant qui aime rire et picoler, profiter de l’instant présent. Le lendemain du mariage vers 11H00 dans les champs, il m’explique qu’il a faim. En fait, il n’a pas mangé ce matin parce que la veille il avait trop bu et son estomac en était encore tout engourdi.

Et puisque notre communication ne peut-être orale, alors elle sera physique ! Il grimpe dans les arbres et pète un coup te lance un regard amusé et attend ton rire, c’est un truc facile à partager. Il ne tient pas en place, court, saute, te bouscule, rien de l’arrête. Il se bagarre avec Gabriel, le colosse suisse ne lui fait pas peur. Il me prend dans ses bras et nous marchons bras dessus bras dessous. Fasciné par mon chapeau, il me le chipe avec sa grande perche et l’essaye, révélant le faible diamètre de son crâne.

Sa générosité, c’est celle de la nature qui l’entoure : il lance des pierres sur les amandiers pour faire tomber les dernières amandes restées sur les branches. Il s’excite, et bourre énergiquement mes poches de toutes ces amandes. Nous descendons ensemble le chemin du retour quand, brutalement je le vois changer de direction, sauter dans les buissons et grimper à un olivier sauvage dont il coupe une dizaine de branches. Il nous alpague et nous venons lui porter assistance pour remonter son butin qu’il rassemble en fagot et cale sur son dos. Chargé comme un mulet, son corps entièrement dissimulé par les branches, il trouve encore la force de piquer un sprint. Impossible de le suivre, l’homme est trop rapide pour ma jeunesse épuisée par trop d’années le cul posé sur une chaise.

mercredi 12 janvier 2011

«Zeitin toplamak», une journée à l’ombre des oliviers

 
Les premières lueurs du jour pointent : la lumière, le bruit du vent dans les roseaux et le chant des oiseaux nous éveillent doucement. Il est 7 heures du matin et nous émergeons de nos huttes ouvertes aux vents. L’air est frais en ce mois de novembre sur la presqu’île de Datça, mais les températures descendent rarement en dessous des 15°C pendant la nuit. Après quelques minutes dans un demi-sommeil, nous nous extirpons de notre lit, balayant du revers de la main la moustiquaire encore humide. Hors de nos couvertures, nous nous hâtons d’enfiler nos vêtements aux parfums d’huile d’olive. Graisseux, le premier contact avec la peau n’est pas le plus agréable mais c’est une protection salutaire face à la fraîcheur matinale. Juste le temps de s’asperger le visage d’eau froide et nous allons rejoindre les autres volontaires pour le petit déjeuner. Nous longeons les rangs de vignes par le sentier qui mène à la cuisine, accompagnés de Bunjunc et Pacha, le chat et le chien de la ferme qui chahutent entre nos pattes, tout excités de nous retrouver. Sur la table de la cuisine, un délicieux petit déjeuner turc nous attend : huile d’olive, olives, miel et pain maison, fromage frais, tomates, thé... La composition change selon l’arrivage, certains matins, faute de pain frais, nous devons nous contenter du «Rock bread», ce pain sec et dur qui rappelle les fameuses biscottes suédoises.

Logan l’Américain est déjà en train de débiter des phrases incohérentes mélangeant histoires vécues, obsessions du moment et théories tirées de guides de survie. On le supplie de se taire. Gapou lui n’est pas encore levé que déjà Sarah se lance dans la vaisselle du petit déjeuner. Hassan, qui a décidé d’arrêter de fumer, allume son cigare matinal en contemplant les montagnes parsemées d’oliviers et d’amandiers, Silvana baille, Annette a mal dormi et cache ses cernes derrière ses grosses lunettes noires tandis que le soleil, lui, n’a toujours pas franchi la crête. Une belle petite famille ensommeillée attendant la journée de labeur... 8 heures toujours personne, on aurait pu dormir 30 minutes de plus !

Enfin, le toussotement d’un moteur retentit dans la vallée, c’est le pick-up de la famille de Yaziköy qui descend lentement le chemin abrupt menant à la ferme. Il s’arrête devant le portail et Noura, la mère, descend les bras chargés de nourriture qu’elle s’en va cuisiner : ce soir à dîner nous aurons des pois chiches. Simge, la fille, est lasse et baille au volant. Bédouane, Ali et Fatma, la tante, nous accueillent avec un Mehraba chaleureux, nos conversations sont limitées mais nous sommes toujours très heureux de nous saluer. L’équipe des volontaires grimpe dans le pick-up boueux : les femmes dedans, les hommes dehors à l’arrière, assis sur les sacs d’olive dont le jus transperce la toile des pantalons. Gapou et Logan font un concours d’«extreme farming» consistant à courir derrière le pick-up et à essayer de monter en cours de marche, au grand désarroi de Bédouane et Ali qui craignent de se retrouver avec un occidental démembré sur le dos.


Nous arrivons au champ et les volontaires commencent à décompter les 8 heures qui leur restent à trimer. Le soleil est là désormais, et commence à taper fort. Chacun prend son panier en plastique, dévale le champ d’oliviers en terrasse, et se trouve un arbre. Bédouane et Ali du haut de leurs longues années d’expérience manient le bâton avec dextérité. En dehors de quelques occidentales saugrenues on n’a jamais vu de femmes tenir ces perches ! C’est là tout un art : il faut frapper l’arbre d’un coup sec et précis pour faire tomber les olives en pluie, sans casser ses branches fragiles. Notre tâche à nous, simples novices, se limitera à ramasser les olives à la main, sur les branches ou par terre, en évitant surtout de prendre des initiatives qui perturberaient le rythme de ces gestes ancestraux. Obéissants et appliqués, nous découvrons les mille et une façons de ramasser les olives : «zeitin toplamak» comme on dit en turc.

 
Simge, la «princesse de Yaziköy», est la seule à avoir quelques notions d’anglais, c’est elle qui nous donne les directives, nous octroie les rares pauses et nous distribue la nourriture au début des repas. Nous gémissons quand elle nous dit de ramasser les olives directement sur le sol, notre technique préférée étant, en bons volontaires fainéants, de cueillir directement les olives sur les branches : pas besoin de se baisser, pas de mal au dos ni aux jambes et le plaisir de plonger la tête dans les feuillages et de grimper aux arbres. Parfois, nous devons ramasser uniquement les olives fraichement tombées,  parfois seulement les olives sèches maigres et terreuses et, à d’autres moment, toutes les olives sans distinction et sans que nous ne comprenions les raisons de ces choix. Nous savons cependant que ces différentes olives permettent d’obtenir des huiles de qualités différentes : les fraîches pour l’alimentation et les sèches pour la production de savon.

Les paysans ramassent les olives à un rythme effréné : usant de leurs deux mains avec dextérité, sans craindre les griffes acérées des chardons, ils sont toujours en appui sur leurs deux pieds, accroupis ou jambes tendues et le dos courbé vers le sol. De leur côté, les volontaires cherchent désespérément la position la plus confortable et finissent régulièrement assis par terre à picorer les olives une à une, dans un rayon limité à 50 cm autour de leurs postérieurs. En début de journée la productivité d’un paysan doit valoir celle de deux volontaires, en fin de journée celle d’au moins trois volontaires. Fatma est l’aînée de l’équipe, elle a 60 ans mais les rides de sa peau burinée et ses doigts tout gonflés et cornés par les travaux des champs lui en font paraître davantage. Malgré son âge, elle ramasse à une vitesse incroyable sous les yeux ébahis des volontaires à peine trentenaires. Ses petites mains ne laissent s’échapper aucune olive sur leur chemin, et son corps est si souple que son ventre est presque collé à ses genoux. Aucune douleur ne semble la perturber : débordante d’énergie, elle rit, chante et danse autour de ces arbres qu’elle a vu naître. Fatma est un rayon de soleil, une ode à la vieillesse.

Mais la tâche des ramasseurs est aussi et surtout complémentaire de celle des frappeurs aux grandes perches. Ils frappent et nous ramassons. Pour faciliter notre travail, les frappeurs peuvent étendre une bâche plastifiée au pied de l’arbre, le «yasgueul», avant de commencer à frapper les branches. Il suffira ensuite de plier la bâche et de séparer les olives des branches et des feuilles. Mais là encore, nous constatons que cette technique n’est pas systématique et nous désespérons de comprendre les raisons aléatoires de son usage. Régulièrement, les volontaires implorent les frappeurs d’utiliser le yasgueul, ce qui donne lieu à de curieuses altercations mélangeant turc approximatif et cris de désespoir. Un jour pourtant les volontaires ont réussi à introduire un usage raisonné du yasgueul, au prix d’incroyables efforts consistant à anticiper le travail des frappeurs en disposant le yasgueul sous l’arbre juste avant qu’ils ne s’y attaquent.

Un fois les olives recueillies dans le yasgueul, il est nécessaire d’extraire toutes les branchettes cassées par les coups portés aux branches, c’est le moment le plus agréable. Assis autour du tas d’olives, on brasse la récolte pour en faire émerger les branches. L’odeur est forte, l’huile glisse le long des doigts qui plongent avec délectation dans l’amas de rubis scintillant sous les rayons du soleil. Une fois ce premier tri manuel opéré, les olives sont séparées des dernières feuilles au moyen d’une grille inclinée qu’elles dévalent  pour échouer dans un sac, tandis que les feuilles passent à travers. Ce dernier exercice de la journée s’accompagne de cris de bonne humeur et de l’excitation du travail accompli résonnant dans la lumière déclinante du soir.



On charge ensuite les sacs dans le pick-up qui part pour la presse tous les deux jours en moyenne avec un chargement d’environ 600 kilos d’olives. Alors que les volontaires ont rejoint la ferme et les autres paysans leur foyer, c’est Simge qui s’occupe de la pesée des sacs à la presse, l’«olive factory» comme on l’appelle. Les sacs d’olives pouvant peser jusqu’à 50 kilos sont portés et vidés par des hommes aux gros bras et aux vêtements mouchetés de graisse olivâtre. Les olives sont d’abord placées dans un réceptacle et acheminées par un tapis roulant pour être lavées à grands jets. Puis, elles sont littéralement broyées par deux énormes roues de pierre tournant avec fracas. Il en ressort une boue graisseuse à la couleur marron. Cette boue est fourrée dans des espèces de sacs tressés qui sont empilés les uns sur les autres pour être écrasés par la presse de laquelle s’écoule un liquide noirâtre, mélange d’eau et d’huile. Enfin, lors de la dernière étape, pendant que les hommes sirotent leur thé, une centrifugeuse sépare l’eau de l’huile, et de son robinet s’échappe un filet d’or pur.

Il reste à peine un heure de lumière avant la nuit quand les volontaires rentrent à la ferme vers 5 heures, il faut se hâter de démarrer le feu pour chauffer l’eau de la douche avant que l’on n’y voit plus rien. Le dîner est servi avant 7 heures et à 9 heures il ne reste plus grand monde autour de la table, une heure plus tard tout le monde est couché, on entend au loin roder une bête féroce : Hassan s’est endormi et ronfle bruyamment. Soudain, un cri retentit dans la nuit : «Mother fucking cat!», c’est Logan rejetant la compagnie nocturne de Bunjuck qui n’aime pas la froide solitude des nuits.

Les deux semaines passées dans cette ferme au rythme du soleil, nous ont redonné une vraie hygiène de vie, nous avons aussi pu entrevoir la pénibilité du travail aux champs et mesurer la valeur de chaque produit de la nature. Des olives, nous en verrons encore pendant tout le reste de notre voyage autour de la Méditerranée, mais désormais nous les savourerons d’une toute autre manière. C’est drôle, encore longtemps après la récolte, la vue de quelques olives sur le sol éveille en nous une irrésistible envie de nous pencher pour les ramasser !

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